Formation professionnelle : les adaptations en cours et à venir

La loi modifiée du 19 décembre 2008 a transformé profondément l’enseignement de la formation professionnelle. Progressivement introduite depuis 2010 dans les quelque 120 formations existantes, elle a nécessité des investissements humains et financiers considérables.

Cette transformation était devenue nécessaire afin de

  • améliorer la qualité de la formation professionnelle ;
  • favoriser l’intégration dans la vie économique ;
  • faciliter l'accès à l’apprentissage tout au long de la vie ;
  • diminuer le taux d’échec et le nombre de jeunes quittant l’école sans certification.

Basée sur l'enseignement par compétences et par module, la nouvelle formation professionnelle s’est montrée très complexe dans sa mise en œuvre. Si certaines formations fonctionnent bien et connaissent de bons taux de réussite (peintres – décorateurs, opérateurs de l’environnement ou conseillers en vente), l’étude qualitative menée en 2015 par l’Université du Luxembourg a confirmé les difficultés existantes, notamment dans l’organisation des modules de rattrapage.

Dès 2014, des mesures rapides (instruction ministérielle du 24 avril) ont été mises en place en faveur des nombreux jeunes confrontés à l’échec (accumulation de modules non réussis): chacun doit pouvoir en effet disposer d’un maximum de chances pour se qualifier au plus haut niveau possible.  Ces mesures sont toutefois provisoires. Le processus législatif nécessaire à une adaptation durable du système actuel a été initié en février 2015, mais a connu un temps d’arrêt pour des raisons juridiques*. Une seconde instruction ministérielle émise le 2 juin 2015 précisant des mesures transitoires a été nécessaire.

Prenant appui sur l’évaluation réalisée par l’université, l’ensemble des partenaires ont remis l’ouvrage sur le métier afin de remédier aux limites de la formation professionnelle actuelle.

Une coopération rapprochée

Depuis août 2015, des entrevues et des pourparlers réguliers du ministère avec les chambres patronales et salariale, les équipes curriculaires et le collège des directeurs de l’enseignement secondaire technique, accompagnés par le Service de coordination de la recherche et de l'innovation pédagogiques et technologiques (SCRIPT), ont permis d’identifier les adaptations nécessaires et de renouer avec un état d’esprit constructif dans l’intérêt des jeunes et des entreprises. Un comité de pilotage a été constitué avec les représentants de tous ces acteurs de la formation professionnelle ; il se réunit très fréquemment depuis la rentrée 2015-2016.  

La promotion réagencée

À la rentrée 2016, quelques changements limités de la loi de 2008 et de ses règlements grand-ducaux sont entrés en vigueur (textes adoptés par le Conseil de gouvernement le 25 mars 2016):

  • Un bilan intermédiaire (BI) et un bilan final (BF) sont introduits. Le bilan final à la fin de la dernière année lorsqu’il est réussi donne accès au projet intégré final (PIF).
  • La durée maximale d’une formation n’est plus limitée à la durée normale plus une année.
  • La promotion annuelle est réintroduite pour les années scolaires non sanctionnées par un BI ou un BF.

À partir de 2017-2018, les élèves de CCP (certificat de capacité professionnelle) réaliseront aussi un projet intégré final (PIF), ce qui augmentera la valeur de leur certificat.

L’expérience des premières années de la réforme de la formation professionnelle (2010-2014) a montré que beaucoup d’élèves cumulent les modules non réussis au cours des années et se retrouvent parfois en fin de formation avec 10 modules à rattraper. Non seulement cela pose d’importants problèmes d’organisation pour les lycées, mais cela met en grave danger d’échec tout un parcours de formation déjà bien avancé. C’est pourquoi le comité de pilotage a défini de nouvelles règles de promotion ; elles font l’objet d’un règlement grand-ducal et s’appliquent à partir de septembre 2016. Voir les principes qui devraient être retenus.

L’évaluation affinée

Les bulletins de la formation professionnelle, délivrés à la fin de chaque semestre, seront adaptés. Comme par le passé, les bulletins se fonderont sur les compétences que l’élève est censé développer au cours du module. Toutefois, pour affiner l’évaluation, chaque compétence sera évaluée par une note chiffrée sur 60 points qui s’ajoutera à l’appréciation (compétence acquise / compétence non acquise). Les modules seront évalués à l’aide d’une note finale sur 60 points.

Pour motiver l’élève à progresser dans ses apprentissages, une mention sera donnée pour chaque module.

L’évaluation sera adaptée pour une première série de formations (classes de 10e à 12e resp. 13e), environ la moitié, dès la rentrée 2018-2019. Les autres formations suivront à la rentrée 2019-2020.

Les programmes élagués

Les équipes curriculaires des différentes formations sont amenées à réviser et élaguer si besoin les programmes de toutes les formations professionnelles (certificat de capacité professionnelle - CCP, diplôme d’aptitude professionnelle - DAP et diplôme de technicien - DT, soit quelque 120 formations au total). Le nombre de compétences à atteindre par module sera harmonisé et les compétences seront reformulées pour une meilleure compréhension.

Les équipes curriculaires seront encadrées par une cellule de développement curriculaire de la formation professionnelle, dont les travaux commencent en mars 2017. Le processus est encadré par l’Institut fédéral des hautes études en formation professionnelle de Zurich (Eidgenössisches Hochschulinstitut für Berufsbildung).

Une première série de formations (classes de 10e à 12e resp. 13e), environ la moitié, commenceront à travailler selon les nouveaux programmes à la rentrée 2018-2019. Les autres formations suivront à la rentrée 2019-2020.

Vers une plus grande perméabilité

Si l’un des principaux objectifs de la réforme de 2008, à savoir améliorer la qualité de la formation professionnelle, semble atteint, il y a des problèmes majeurs pour ce qui est de l’accès à la formation professionnelle tout au long de la vie, de l’organisation des formations dans les lycées et de l’identification avec la démarche de la part des enseignants et formateurs, des élèves et de leurs parents.

Des contacts récents avec des experts de la Suisse sont en cours, et ceci en vue d’un accompagnement scientifique, méthodologique et didactique. La Suisse est en effet considérée comme la championne de la formation professionnelle en Europe, avec un chômage des jeunes (15 à 24 ans) contenu à 8,6% en 2015. Le Luxembourg pourrait s’inspirer de son système perméable, qui facilite les passerelles, donnant à l’élève les chances de passer d’un niveau faible à un niveau plus exigeant, à différents stades de son parcours.

Élargir l’offre de formations DAP et DT sous contrat d’apprentissage 

L’étude Transition École - Vie Active (TEVA), menée par l’Observatoire de la formation et publiée en juillet 2014, analyse le parcours des élèves allant de la sortie du système scolaire au début de leur carrière professionnelle. En 2007-2008, les élèves, diplômés ou non, sortant du régime professionnel et du régime de la formation de technicien, ont été suivis pendant les 3 premières années de leur vie active. L’analyse montre que les élèves qui ont suivi une formation professionnelle sous contrat d’apprentissage (toutes les formations CCP et une grande partie des formations DAP) trouvent plus facilement un poste de travail dans le secteur privé que les élèves qui ont suivi une formation DT (toutes plein temps à l’école).

Pour donner aux élèves les meilleures chances d’insertion sur le marché du travail, le ministère compte élargir l’offre des formations DAP et mettre en place une offre de formations DT organisées sous contrat d’apprentissage.

Systématiser l’offre de formations francophones

La formation professionnelle doit évoluer avec la réalité linguistique et démographique de notre pays et offrir les parcours de formation professionnelle aussi bien en allemand qu’en français. En effet, aujourd’hui, 53,7% des élèves de l’enseignement secondaire technique parlent principalement au domicile une autre langue que le luxembourgeois. Ce chiffre s’élève à 60% à l’école fondamentale (MENJE, Les chiffres clés de l’Éducation nationale 2012 – 2013). Pour nombre de ces jeunes, notamment ceux d’origine lusophone (environ un tiers des élèves), l’apprentissage de matières techniques en allemand s’avère un obstacle difficilement franchissable. Or, nombre de formations restent dispensées uniquement en allemand.

La cohésion sociale de notre société comme les besoins de notre économie ne peuvent se satisfaire de cette situation : elle mène les employeurs à recruter au-delà de nos frontières, quand de jeunes résidents sans formation adéquate sont à la recherche d’un emploi. Moralement et économiquement, l’offre de formations doit se diversifier du point de vue linguistique.

Actuellement les classes à régime linguistique spécifique proposent quelque 20 formations en français. Progressivement toutes les formations, avec en priorité celles liées à la construction (charpentier, couvreur, dessinateur en bâtiment, etc.) seront proposées dans les deux langues.

Dans ce cadre, le ministère va également intensifier la coopération avec les pays voisins (via l’apprentissage transfrontalier par ex.).

En amont de la formation professionnelle

Encore plus que leurs camarades, les jeunes qui optent pour une formation professionnelle ont besoin d’aide dans leur orientation. En effet, ils doivent faire un choix entre de nombreux métiers et professions, certains souvent méconnus ; ils font ce choix alors qu’ils sont à un âge où l’on se connait encore assez mal ; enfin ils sont particulièrement exposés aux risques de chômage lorsque leur orientation ne correspond ni à leur motivation ni aux possibilités du marché.

Une formation professionnelle réussie nécessite ainsi une meilleure coordination entre la politique scolaire et la politique de l’emploi, entre le monde du travail et le monde scolaire.

Différents acteurs et outils ont leur partition à jouer dans cette perspective.

Les stages et des journées de découverte dans les entreprises vont se faire plus nombreux et systématiques, le secteur public y prenant toute sa part.

Les tendances de l’emploi sont décrites régulièrement par le Statec et l’Agence pour le développement de l’emploi: le Gouvernement prévoit d’en effectuer une analyse régulière, afin de disposer de tous les éléments pour planifier les formations professionnelles et guider les jeunes dans le marché du travail.

Les jeunes et les adultes peuvent s’informer sur le marché de l’emploi auprès de la Maison de l’orientation (MO).

Par le projet de loi ayant pour objet l’organisation de la Maison de l’orientation, les lycées sont amenés à se doter d’une démarche d’orientation correspondant à certains standards de qualité décrits dans un cadre de référence et visant :

  • à informer sur le système scolaire et les voies de formation, y inclues les possibilités d’études supérieures tant au Luxembourg qu’à l’étranger ;
  • à faire connaître le monde socio-économique, en particulier le marché de l’emploi ;
  • à développer les compétences permettant de prendre les décisions sur les voies de formation à choisir et d’élaborer un projet d’études personnel.

La démarche sera conforme à un cadre de référence fixant des standards minima à respecter par les lycées au niveau de la démarche d’orientation scolaire et professionnelle et décrivant :

  • les objectifs à atteindre par l’orientation scolaire et professionnelle ;
  • les mesures à prendre pour atteindre ces objectifs ;
  • les services spécialisés ou intervenants externes sollicités pour informer sur le monde socio-économique ;
  • l’implication des membres de la communauté scolaire dans la démarche d’orientation.

La réussite d’une formation professionnelle est directement liée à la motivation de l’élève au moment de choisir sa voie. Des profils d’orientation (lors du passage 9e – 10e) seront introduits ; ils serviront de critères d’accès aux différentes formations professionnelles.

* Dans son arrêt du 29 novembre 2013,  la Cour constitutionnelle a interprété l’article 32.3. de la Constitution de manière très restrictive, impliquant que tout ce qui concerne l’éducation fasse l’objet d’une loi et non d’un règlement grand-ducal comme pratiqué jusqu’alors. Ce qui alourdirait et allongerait tout processus de changement, même limité. Une modification constitutionnelle devrait intervenir au printemps 2016 afin de remédier à cette situation.

** Les modules fondamentaux sont interdépendants et à caractère progressif. Les modules complémentaires à caractère non progressif sont indépendants les uns des autres. Les deux types de modules sont obligatoires.

*** Les formations à plein temps représentent 23% de toutes les formations, les autres étant des formations concomitantes ou mixtes.

  • Mis à jour le 28-02-2017